FASCISME, LUMIERE, MUTILATION, PRIERES, ETCETERA.




GREAT JEANS - SOFT FASCISM
à propos de textile et de Sydney Sweeney





Interrogée par GQ plusieurs mois après la polémique suscitée par la publicité d’American Eagle, Sydney Sweeney adopte une posture délibérément ingénue. Elle se contente de répéter, avec une apparente candeur : « I did a jean ad. I mean, the reaction definitely was a surprise, but it was… I love jeans! All I wear are jeans! I’m literally in jeans and a T-shirt every day of my life. »Face à l’insistance de la journaliste, qui rappelle la violence du slogan « Sydney Sweeney has great jeans » — jeu de mots explicite évoquant l’eugénisme et faisant de l’actrice une icône d’une Amérique blanche, au cœur des discours fascisants de l’époque —, Sweeney persiste dans une politique du silence et de l’ambivalence :« I think that when I have an issue that I wanna speak about, people will hear. »

Cette stratégie du non-dit, moteur d’une rhétorique de l’ambiguïté, n’est pas sans évoquer les signaux fascistes disséminés par Elon Musk ces dernières années : salut nazi, partage de l’image de Pepe the Frog en tenue d’empereur — symbole bien connu des sphères suprémacistes blanches, devenu un étendard pour ces milieux. Mais au-delà de ces parallèles troublants, c’est bien le symbole même que représente Sydney Sweeney qui interroge : celui d’un retour commercial incarné par la fibre des jeans, emblème d’une Amérique prolétaire depuis les premières publicités, en passant par l’âge d’or hollywoodien et les jambes rebelles de James Dean. Rappelons tout de même que cet imaginaire repose sur un système de production impérialiste, celui d’American Eagle, dont le discours pro-américain se construit sur l’exploitation des travailleurs dans les usines de Chine, du Vietnam, du Bangladesh, du Mexique, d’Indonésie et de Thaïlande. Mais laissons de côté ces frivolités meurtrières pour nous demander ce qu’incarne l’actrice, dont les personnages l’ayant révélée dans la série Euphoriaincarnent le « nouvel » idéal Trumpiste.

Un basculement s’opère au cœur même de la série, en réponse immédiate à la transformation de l’espace politique américain entre la diffusion de la première saison en 2019 et celle de la deuxième en 2022. Dans les premiers épisodes, Cassie (Sydney Sweeney) est loin de porter des jeans. Elle arbore au contraire des robes courtes aux décolletés prononcés, qui caractérisent son personnage de blonde quelque peu écervelée. Les jeans, eux, sont réservés à Rue (Zendaya), personnage principal aux prises avec ses addictions. Sorte d’élan générationnel Z, la première saison d’Euphoria crée des doubles fictionnels à ses actrices : Zendaya, au teint mat et aux cheveux bouclés, incarne une renaissance hollywoodienne s’opposant à la blanchité des starlettes précédentes, tandis que Sydney Sweeney, reléguée au rang de personnage secondaire, sert d’appui en étant privée d’une centralité qui lui serait naturellement revenue dans les séries du début du millénaire.

Dans le récit, l’addiction à la drogue, tout comme les jeans troués habillent une Rue dont l’autodestruction découle autant des traumatismes familiaux liés à son milieu modeste et à sa famille racisée que d’une grande lucidité face à son époque. Rue n’est pas la droguée écervelée habituelle (comme pouvait l’être Jesse Pinkman au début de Breaking Bad) ; elle est une force mélancolique, reflet d’une génération désillusionnée par un monde d’ultraviolence. En contrepoint, la perfection de Cassie met en exergue le privilège blanc dans lequel elle a grandi, en faisant d’elle une idiote notoire, reflet d’une Amérique passéiste, rongée par son propre confort. Et c’est sans doute là que la série s’est tendu son plus grand piège, dans lequel elle s’engouffre lors de la saison 2022.

Entre 2019 et 2022, Zendaya, dont la performance dans Euphoria après ses débuts de Disney kid laissait espérer une redéfinition de l’icône hollywoodienne, s’est vue « blanchie » par Denis Villeneuve et Spider-Man, jusqu’à abandonner les prises de position qu’elle osait au début de sa carrière. Un mauvais jeu de mots nous laisserait penser qu’elle s’est laissée prendre dans la toile de l’araignée, devenant l’incarnation raciste d’un peuple du désert au service de héros nationalistes, de Chalamet à Holland. Dans l’espace libéré par cette standardisation, et alors que le personnage de Rue entre dans un cercle vicieux remplaçant l’espoir d’une révolte populaire par la fatalité d’une population noire incapable de se sortir de ses travers, Sydney Sweeney devient le personnage le plus travaillé de la deuxième saison d’Euphoria. Cette transformation culmine dans une scène de toilettes dont les prémisses résonnent comme un mauvais slogan d’American Eagle.

La tenue de pin-up de Cassie, tirée des bas-fonds de la télévision américaine des années 1970, pousse Rue à lui demander si elle auditionne pour la pièce Oklahoma, dont l’appel à casting vient d’être affiché ; une confusion vite redoublée par un autre personnage de la série, qui répond au démenti de Cassie en lui assénant la réplique : « If you’re not auditioning for Oklahoma, why do you look like a country music star ? » Cassie, et avec elle l’Amérique profonde, explose dans une colère dont nous épargnerons ici les détails scénaristique pour nous concentrer sur les plis politique de cette émotion: c’est la colère d’une Amérique qui se sent privée de son droit à la parole, l’Amérique la plus immédiatement touchée par la démagogie fasciste, qui nourrit son sentiment de mutisme – le même sentiment que Sydney Sweeney incarne ici, dans les larmes et un appel au droit d’exister, malgré l’ignorance dans laquelle le monde entier semble l’enfermer. Par un ressort narratif usé, la scène se conclut en expliquant, via la voix off de Rue, que Cassie n’a rien dit de ce qui vient de nous être montré : elle s’est contentée de se regarder droit dans le miroir des toilettes, en silence.

C’est avec ce même silence que Sydney Sweeney répond à la journaliste de GQ, un silence qui laisse la section des commentaires de sa publicité American Eagle se charger de la dissémination des idées fascistes, le vent et les spores de la suprématie. 

Samy Benammar






















Anything that pisses off the left is a W in my book!!! Go Sydney!!!

Not only does she have great genes but she has great jeans. 

Truly the all-American girl. US❤️😎

You may have inadvertently saved Western civilization. 

I am old enough to remember when the play on the word “jeans” would make us giggle and then be forgotten the next day. Take me back to those days. »