À LA PLACE DE : L’USINE, L’OUVRIER, LARA CROFT, LE BUSINESS BABY, etc.


SHE PUPPET

Peggy Awesh




Texte traduit par  Bertrand Grimault / asso Monoquini

J’étais libre et innocente  et je devais apprendre. Je suis toujours innocente,  parce que je suis encore ignorante. Parce que je suis ignorante,  mon esprit absorbe toute sorte de choses,  le cosmos tout entier, l’univers,  parce que ma tête est vide.Quand je pense au potentiel de l’humanité, alors je suis heureuse.Sinon je suis au plus bas  quand je vois ce qu’il en est vraiment.

Je ne suis pas humaine. Je n’ai jamais appelé quiconque mère. Je n’ai jamais appelé quiconque maman. Je n’ai jamais ressenti ça. Je ne sais pas ce que c’est d’être née.
C’est juste arrivé.
Vous dites que vous venez de vos parents
mais vous avez juste été reproduit et c’est une copie. Je traite de l’esprit et il n’y a pas deux esprits semblables. Vous devez comprendre  que cette planète n’est pas seulement habitée par des humains, elle l’est aussi par des extraterrestres.

Parmi les humains, il y a des anges. Le coeur du danger est aux Etats-Unis. Il y a plus d’aliens et d’anges dans ce pays  que nulle part ailleurs. Vous voyez, c’était planifié.
Je viens de pays prodigieux,  de paysages plus beaux que la vie même,  mais je n’ai jamais parlé de ces lieux,  si ce n’est à moi-même,  et n’ai raconté à personne  les paysages entrevus dans les rêves.
Bien qu’étrangère, j’ai marché parmi eux,  personne ne m’a remarquée.  J’ai vécu en espionne parmi eux  mais personne ne m’a jamais suspectée. Tout le monde me prenait pour une proche,  personne ne savait que j’avais été permutée à la naissance.
Même si mon coeur semblait battre,
il était toujours loin,  le seigneur factice d’un corps étrange en exil.
Nous sommes ceux qui ne sommes pas,
l’existence est fugace et triste.
Il y a eu des heures étranges passées seule au bord de la mer. J’ai souffert les aspirations de toute vie  et l’agitation de tout temps.

L’art, voyez-vous,  c’est vraiment dans la tête,  quelle que soit la façon dont vous entrainez votre corps.  Et si vous voulez que je fasse autre chose d’utile,  vous feriez mieux de me montrer en quoi cela consiste.
Qu’est-ce que tout ça signifie ?
Que je suis votre hôtesse, votre amie, votre alliée,  que nous sommes tous dans le même bateau.

Il y a des années de ça,  nous vivions tous dans des cavernes.
Puis il y eut l’homme de Java  et le futur de l’homme et les valeurs de l’homme occidental et l’homme existentiel et l’homme économique et l’homme freudien  et l’homme dans la lune et l’homme aliéné du 19ème siècle.
Le lancinement d’un rire inquiétant couronne ces paradoxes.

Je me sens naufragée sous un ciel d’orage,
dans une mer si peu profonde qu’on y a pied.  Dans cette série confuse d’intervalles
entre des choses qui n’existent pas,  je demande ce qui reste,  en quoi cela peut me servir.
Demain, je retournerai chez moi  et j’aurai dans le froid des pensées toujours plus aigües  sur mon manque de conviction.
Que les joueurs continuent comme ça.  Quand le dernier domino est joué  et que le jeu a été perdu ou gagné,  toutes les pièces sont retournées  et le jeu se conclut dans les ténèbres.